Depuis notre départ de
Puerto Rico, notre voyage a la vraie saveur du retour. Nous sommes en mode
« on fait un arrêt pour se reposer » plutôt que « oh! Que c’est
beau ici, allons visiter on a que cela à faire ». On commence aussi à
ressentir une différence de température; les soirées sont plus fraîches de
quelques degrés et les nuits sont très confortables.
Les paysages sont surtout
totalement différents de ce que l’on retrouve plus au sud. Alors que d’île en
île on retrouvait la topographie montagneuse d’une chaîne de volcans, ici c’est
le plat total. Bref, même quand on approche de la terre, on la voit à peine.
Après la splendeur de la végétation de la forêt tropicale et des escarpements
prestigieux, ici c’est la beauté du sable blanc et d’une eau limpide à faire
l’envie de tous les propriétaires de piscine.
Depuis San Juan, nous
avons parcouru 751 milles nautiques ! 751 mn =864 milles terrestres = 1 391
km. Tout cela à la « virtigineuse » vitesse de croisière moyenne de
6.5 nœuds, soit 12 km à l’heure ! On est un bateau à voile quand même, pas une
Ferrari.
2, 3 et 4 mai – de
San Juan, Puerto Rico à Sand Cay, Grand Turks – 424 milles nautiques
Quelle belle traversée
! Malgré le départ pluvieux aux petites heures du matin et l’adaptation à un
horaire spécial (nous prenons la garde à tour de rôle à tous les trois heures,
de jour comme de nuit), nous avons eu du bon vent ce qui nous a permis de faire
le trajet en 50 heures. On doit avoir un ange gardien car tout au long de notre
voyage, le ciel était partiellement dégagé au dessus du bateau alors que tout
autour il y avait plein de nuages gris. Encore une fois, on s’émerveille devant
l’immensité de l’océan. Il faut aussi être attentifs et bien suivre le système
de cartes électroniques car à l’approche des îles Turquoises, il y a des hauts
fonds.
André en profite pour
pêcher, ce qui donne lieu à une vraie histoire de pêche. Avant le départ de San
Juan, le capitaine a fait l’acquisition d’une belle canne à pêche de haute mer
avec 500 pieds de ligne et un leurre appétissant (en tout cas pour les
poissons). Empressé de faire usage de son nouveau joujou, il met la ligne à
l’eau. Après plusieurs heures bien tranquilles, soudainement bzzzzzzzzzzzzzzz ça
mord ! Mais que ça mord ! On ne sait pas ce qui a mordu, mais de toute évidence
c’est gros et fort. Le bateau file à 8 nœuds, la ligne se déroule à une vitesse
folle, la canne se courbe, André ne sait plus où donner de la tête, et moi sur
le téléphone satellite : « Maman ! André a attrapé un poisson, je te
laisse ! ». André essaie bien de freiner cette folle envolée mais en
quelques secondes et au grand désespoir du maître pêcheur, le poisson a brisé
la ligne ! Ne reste plus que la belle canne à pêche toute aussi piteuse que son
propriétaire qui dégaine son répertoire religieux. Si au moins on avait aperçu
la bestiole…
Le lendemain, plus
déterminé que jamais à ne pas laisser cette aventure le décourager, André sort ses
deux « p’tits kits à 10$ » et remet deux lignes à l’eau. Cette
fois-ci ça mord et André a ramené un beau gros poisson de 4 pieds, je l’entends
encore me dire « j’espère que la deuxième ne mordra pas en même
temps ». On en fait de beaux filets avec l’intention de les déguster dans
quelques jours. On se vante de notre prise à nos amis de Que Syrah, qui dégonflent
notre balloune après vérification d’images de poissons. Nous n’avons pas
attrapé un délicieux wahoo mais plutôt un immangeable grand barracuda. Une
chance que le congélateur est plein et qu’on ne compte pas sur la pêche pour se
nourrir.
5 mai – de Sand
Cay, Grand Turks à Sapodilla Bay, Providenciales – 71 milles nautiques
Encore une belle
journée ! Ce qui nous frappe cette fois c’est la couleur de l’eau. Les îles
Turquoises ne portent pas leur nom pour rien. Il y a assez de vent pour faire
une voile agréable et prendre du soleil. Nous avons aussi traversé le Caicos
Bank, un haut fond qui s’étend sur quelques milles et qui demande beaucoup
d’attention. Il faut non seulement manœuvrer entre quelques têtes de corail
mais surveiller la profondeur. Le profondimètre affichait 2 pieds sous la
quille, puis 1.7, 1.5, 1.2 … un vrai compte à rebours ! On a retenu notre
souffle jusqu’à un peu moins de 6 pouces ! Ouf !
6 mai – de
Sapodilla Bay, Providenciales à Mayaguana Island, Bahamas – 62 milles nautiques
Eh bien on ne peut pas
toujours tout avoir, le vent et le soleil. Éole s’est donc sacrifié au profit
d’un ciel bleu sans nuage. Tout a été tenté pour maximiser la faible brise :
sort le spinnaker, rentre le spinnaker, sort le spinnaker, rentre le spinnaker.
Étant rangé sous le lit d’en avant, cela veut dire défaire le lit, tasser le
matelas, dégager la voile, la sortir par l’écoutille avant, l’étendre,
installer les cordages et déployer cette belle voile colorée. Je suis fatiguée
juste à en faire la description alors imaginez le faire deux fois ! On s’est
finalement résigné à partir le moteur. « Venez faire de la voile dans
l’sud » qu’ils disaient…
Notre gâterie suprême,
la cerise sur le sundae fut notre arrivée dans Abraham’s Bay à Mayaguana
Island. « André! Viens voir ! On voit le fond ! ». À 60 pieds de
profondeur, on voit en effet le fond marin tellement clairement qu’on croit
halluciner. On est comme des enfants, courant à droite, à gauche, de l’avant à
l’arrière. On s’extasie, on s’exclame, on trippe, un pur plaisir. Plus on
s’approchait de notre aire d’ancrage plus on était fasciné : des dizaines,
voir des centaines d’étoiles de mer partout autour de nous. On aussi vu une
belle raie et Daniel a aperçu un requin, bien inoffensif, d’environ 6 pieds.
Le lendemain matin, on
a fait la grasse matinée, le départ étant prévu pour 14h et on est allé faire
du snorkeling. Pas de requin en vue, mais une belle barrière de corail et
plusieurs poissons colorés.
7 et 8 mai – de
Mayaguana Island à Rum Cay – 130 milles nautiques
Vroum Brrrrr Vroum
Brrrr Vroum Brrrrr ! Même une fois fermé, le bruit du moteur nous résonne
encore dans les oreilles. Zéro vent, zip, nada, nothing, niet ! Le ciel est
bleu, l’océan est calme, pas de houle, pas de vague, bref c’est le calme plat.
On garde l’œil sur l’horizon en espérant qu’une baleine se pointe le nez et
mette un peu d’action dans cette ennuyante traversée, mais en vain. L’équipage
de Que Syrah est plus chanceux que nous, ils en ont vu deux. On a au moins
droit à un coucher de soleil et un lever de lune spectaculaire. On passe la
nuit à regarder des films et jouer sur le IPad. Attention à mes adversaires de
scrabble, je suis maintenant capable de battre l’ordinateur dans la catégorie
difficile.
Nous avons fait un
petit saut à terre à Rum Cay, idée de se dégourdir les jambes et trouver du
wi-fi. Quelle désolation ! On a bien trouvé une coquette marina pour quelques
bateaux de pêcheurs, mais le reste de l’environnement est d’une tristesse. On
sent que cette île a déjà fait l’objet d’une communauté active mais maintenant
c’est l’abandon. Les maisonnettes ne sont pas plus entretenues que les terrains
et ses quelques dizaines d’habitants semblent bien blasés.
8 mai – de Rum Cay
à Conception Island – 23 milles nautiques
Cela aurait été un
sacrilège de ne pas arrêter à Conception Island, un paradis au sein du paradis
bahamien. Wow! Wow! Wow! Cette toute petite île est une réserve
naturelle et comme dit le guide nautique : « it’s magnetic pull comes
from its remoteness and seclusion as well as the crystalline waters, varieties
of coral an fish, crescent beaches, mangrove creeks and long-tailed tropic
birds. ». Rien de moins.
Nous avons jeté l’ancre au milieu d’un beau banc de sable et au lever, nous
sommes allés marcher sur la plage puis se promener dans la petite crique navigable
en dinghy qu’à marée haute (on bénéficie alors de 3 pieds d’eau). Même les
photos ne rendent pas justice à ce que l’on voit. Les couleurs sont d’une
finesse exceptionnelle. Les verts turquoise qui délimitent les hauts fonds, le
bleu windex des zones un peu plus profondes (autour de 10 à 60 pieds), et le
bleu violet jus de raisin FBI des profondeurs océaniques. On s’imbibe de toutes
ces images en espérant que notre mémoire ne nous fera pas défaut et nous aidera
à faire face au froid hivernal du Québec l’an prochain!
9 mai – de
Conception Island à New Bight, Cat Island – 41 milles nautiques
Encore une fois nous
avons filé tout doucement sans pouvoir ouvrir les voiles car il n’y a toujours
pas de vent. La houle est très faible et le bateau est aussi stable qu’au
mouillage. L’avantage est que cela nous permet d’apprécier la couleur de l’eau
et les fonds marins qui ne seraient pas clairs si nous avions de la vague. Pour
citer mon chum qui se sentait l’âme poétique « nous voguons sur notre
chaloupe au gré des flots tendres et langoureux ». Et ça c’est après juste
un margharita!
Alors que nous
contournions la pointe de Cat Island, André me crie « Marie-Claude, des
dauphins! ». Il y en avait une dizaine qui jouait autour du bateau, tout
un spectacle! Peu importe notre âge, on rigole et on s’exclame à les regarder
faire la course avec nous. Parfois, ils se tournent sur le côté pour nous
regarder et nous font des pirouettes. Quelles bêtes exceptionnelles.
Comme nous étions
d’humeur festive à notre arrivée, on s’est gâté avec un apéro au champagne et
canapés de foie gras. Mmmm…… Le premier toast fut porté à la troupe du Théâtre
Lyrique de la Montérégie qui débute sa série de représentations ce jeudi 10 mai
avec LE CHANTEUR DE MEXICO, sous la direction artistique de ma mère, et la
présidence de Gaëtan, son époux. J’ai le cœur gros de ne pas être avec la
troupe cette année et la gang me manque beaucoup.
Entre les promenades,
les 5 à 7 avec Daniel, Martine et Philippe sur Que Syrah, et les bonnes
lectures, on s’amuse beaucoup et nous avons devant nous une dizaine de jours
pour faire le tour de la région des Eleutheras avant de gagner Freeport qui
sera notre point de départ pour la traversée jusqu’à Hampton.
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