« N'ayez jamais peur de la vie, n'ayez jamais peur de l'aventure, faites confiance au hasard, à la chance, à la destinée. Partez, allez conquérir d'autres espaces, d'autres espérances. Le reste vous sera donné de surcroît. »
(Henry de Monfreid)

vendredi 11 mai 2012

SLCDR - CHAPITRE 7 - DESTINATION BAHAMAS


Depuis notre départ de Puerto Rico, notre voyage a la vraie saveur du retour. Nous sommes en mode « on fait un arrêt pour se reposer » plutôt que « oh! Que c’est beau ici, allons visiter on a que cela à faire ». On commence aussi à ressentir une différence de température; les soirées sont plus fraîches de quelques degrés et les nuits sont très confortables.

Les paysages sont surtout totalement différents de ce que l’on retrouve plus au sud. Alors que d’île en île on retrouvait la topographie montagneuse d’une chaîne de volcans, ici c’est le plat total. Bref, même quand on approche de la terre, on la voit à peine. Après la splendeur de la végétation de la forêt tropicale et des escarpements prestigieux, ici c’est la beauté du sable blanc et d’une eau limpide à faire l’envie de tous les propriétaires de piscine.

Depuis San Juan, nous avons parcouru 751 milles nautiques ! 751 mn =864 milles terrestres = 1 391 km. Tout cela à la « virtigineuse » vitesse de croisière moyenne de 6.5 nœuds, soit 12 km à l’heure ! On est un bateau à voile quand même, pas une Ferrari.

2, 3 et 4 mai – de San Juan, Puerto Rico à Sand Cay, Grand Turks – 424 milles nautiques

Quelle belle traversée ! Malgré le départ pluvieux aux petites heures du matin et l’adaptation à un horaire spécial (nous prenons la garde à tour de rôle à tous les trois heures, de jour comme de nuit), nous avons eu du bon vent ce qui nous a permis de faire le trajet en 50 heures. On doit avoir un ange gardien car tout au long de notre voyage, le ciel était partiellement dégagé au dessus du bateau alors que tout autour il y avait plein de nuages gris. Encore une fois, on s’émerveille devant l’immensité de l’océan. Il faut aussi être attentifs et bien suivre le système de cartes électroniques car à l’approche des îles Turquoises, il y a des hauts fonds.

André en profite pour pêcher, ce qui donne lieu à une vraie histoire de pêche. Avant le départ de San Juan, le capitaine a fait l’acquisition d’une belle canne à pêche de haute mer avec 500 pieds de ligne et un leurre appétissant (en tout cas pour les poissons). Empressé de faire usage de son nouveau joujou, il met la ligne à l’eau. Après plusieurs heures bien tranquilles, soudainement bzzzzzzzzzzzzzzz ça mord ! Mais que ça mord ! On ne sait pas ce qui a mordu, mais de toute évidence c’est gros et fort. Le bateau file à 8 nœuds, la ligne se déroule à une vitesse folle, la canne se courbe, André ne sait plus où donner de la tête, et moi sur le téléphone satellite : « Maman ! André a attrapé un poisson, je te laisse ! ». André essaie bien de freiner cette folle envolée mais en quelques secondes et au grand désespoir du maître pêcheur, le poisson a brisé la ligne ! Ne reste plus que la belle canne à pêche toute aussi piteuse que son propriétaire qui dégaine son répertoire religieux. Si au moins on avait aperçu la bestiole…

Le lendemain, plus déterminé que jamais à ne pas laisser cette aventure le décourager, André sort ses deux « p’tits kits à 10$ » et remet deux lignes à l’eau. Cette fois-ci ça mord et André a ramené un beau gros poisson de 4 pieds, je l’entends encore me dire « j’espère que la deuxième ne mordra pas en même temps ». On en fait de beaux filets avec l’intention de les déguster dans quelques jours. On se vante de notre prise à nos amis de Que Syrah, qui dégonflent notre balloune après vérification d’images de poissons. Nous n’avons pas attrapé un délicieux wahoo mais plutôt un immangeable grand barracuda. Une chance que le congélateur est plein et qu’on ne compte pas sur la pêche pour se nourrir.

5 mai – de Sand Cay, Grand Turks à Sapodilla Bay, Providenciales – 71 milles nautiques

Encore une belle journée ! Ce qui nous frappe cette fois c’est la couleur de l’eau. Les îles Turquoises ne portent pas leur nom pour rien. Il y a assez de vent pour faire une voile agréable et prendre du soleil. Nous avons aussi traversé le Caicos Bank, un haut fond qui s’étend sur quelques milles et qui demande beaucoup d’attention. Il faut non seulement manœuvrer entre quelques têtes de corail mais surveiller la profondeur. Le profondimètre affichait 2 pieds sous la quille, puis 1.7, 1.5, 1.2 … un vrai compte à rebours ! On a retenu notre souffle jusqu’à un peu moins de 6 pouces ! Ouf !

6 mai – de Sapodilla Bay, Providenciales à Mayaguana Island, Bahamas – 62 milles nautiques

Eh bien on ne peut pas toujours tout avoir, le vent et le soleil. Éole s’est donc sacrifié au profit d’un ciel bleu sans nuage. Tout a été tenté pour maximiser la faible brise : sort le spinnaker, rentre le spinnaker, sort le spinnaker, rentre le spinnaker. Étant rangé sous le lit d’en avant, cela veut dire défaire le lit, tasser le matelas, dégager la voile, la sortir par l’écoutille avant, l’étendre, installer les cordages et déployer cette belle voile colorée. Je suis fatiguée juste à en faire la description alors imaginez le faire deux fois ! On s’est finalement résigné à partir le moteur. « Venez faire de la voile dans l’sud » qu’ils disaient…

Notre gâterie suprême, la cerise sur le sundae fut notre arrivée dans Abraham’s Bay à Mayaguana Island. « André! Viens voir ! On voit le fond ! ». À 60 pieds de profondeur, on voit en effet le fond marin tellement clairement qu’on croit halluciner. On est comme des enfants, courant à droite, à gauche, de l’avant à l’arrière. On s’extasie, on s’exclame, on trippe, un pur plaisir. Plus on s’approchait de notre aire d’ancrage plus on était fasciné : des dizaines, voir des centaines d’étoiles de mer partout autour de nous. On aussi vu une belle raie et Daniel a aperçu un requin, bien inoffensif, d’environ 6 pieds.

Le lendemain matin, on a fait la grasse matinée, le départ étant prévu pour 14h et on est allé faire du snorkeling. Pas de requin en vue, mais une belle barrière de corail et plusieurs poissons colorés.

7 et 8 mai – de Mayaguana Island à Rum Cay – 130 milles nautiques

Vroum Brrrrr Vroum Brrrr Vroum Brrrrr ! Même une fois fermé, le bruit du moteur nous résonne encore dans les oreilles. Zéro vent, zip, nada, nothing, niet ! Le ciel est bleu, l’océan est calme, pas de houle, pas de vague, bref c’est le calme plat. On garde l’œil sur l’horizon en espérant qu’une baleine se pointe le nez et mette un peu d’action dans cette ennuyante traversée, mais en vain. L’équipage de Que Syrah est plus chanceux que nous, ils en ont vu deux. On a au moins droit à un coucher de soleil et un lever de lune spectaculaire. On passe la nuit à regarder des films et jouer sur le IPad. Attention à mes adversaires de scrabble, je suis maintenant capable de battre l’ordinateur dans la catégorie difficile.

Nous avons fait un petit saut à terre à Rum Cay, idée de se dégourdir les jambes et trouver du wi-fi. Quelle désolation ! On a bien trouvé une coquette marina pour quelques bateaux de pêcheurs, mais le reste de l’environnement est d’une tristesse. On sent que cette île a déjà fait l’objet d’une communauté active mais maintenant c’est l’abandon. Les maisonnettes ne sont pas plus entretenues que les terrains et ses quelques dizaines d’habitants semblent bien blasés.

8 mai – de Rum Cay à Conception Island – 23 milles nautiques

Cela aurait été un sacrilège de ne pas arrêter à Conception Island, un paradis au sein du paradis bahamien. Wow! Wow! Wow! Cette toute petite île est une réserve naturelle et comme dit le guide nautique : « it’s magnetic pull comes from its remoteness and seclusion as well as the crystalline waters, varieties of coral an fish, crescent beaches, mangrove creeks and long-tailed tropic birds. ». Rien de moins. Nous avons jeté l’ancre au milieu d’un beau banc de sable et au lever, nous sommes allés marcher sur la plage puis se promener dans la petite crique navigable en dinghy qu’à marée haute (on bénéficie alors de 3 pieds d’eau). Même les photos ne rendent pas justice à ce que l’on voit. Les couleurs sont d’une finesse exceptionnelle. Les verts turquoise qui délimitent les hauts fonds, le bleu windex des zones un peu plus profondes (autour de 10 à 60 pieds), et le bleu violet jus de raisin FBI des profondeurs océaniques. On s’imbibe de toutes ces images en espérant que notre mémoire ne nous fera pas défaut et nous aidera à faire face au froid hivernal du Québec l’an prochain!

9 mai – de Conception Island à New Bight, Cat Island – 41 milles nautiques

Encore une fois nous avons filé tout doucement sans pouvoir ouvrir les voiles car il n’y a toujours pas de vent. La houle est très faible et le bateau est aussi stable qu’au mouillage. L’avantage est que cela nous permet d’apprécier la couleur de l’eau et les fonds marins qui ne seraient pas clairs si nous avions de la vague. Pour citer mon chum qui se sentait l’âme poétique « nous voguons sur notre chaloupe au gré des flots tendres et langoureux ». Et ça c’est après juste un margharita!

Alors que nous contournions la pointe de Cat Island, André me crie «  Marie-Claude, des dauphins! ». Il y en avait une dizaine qui jouait autour du bateau, tout un spectacle! Peu importe notre âge, on rigole et on s’exclame à les regarder faire la course avec nous. Parfois, ils se tournent sur le côté pour nous regarder et nous font des pirouettes. Quelles bêtes exceptionnelles.

Comme nous étions d’humeur festive à notre arrivée, on s’est gâté avec un apéro au champagne et canapés de foie gras. Mmmm…… Le premier toast fut porté à la troupe du Théâtre Lyrique de la Montérégie qui débute sa série de représentations ce jeudi 10 mai avec LE CHANTEUR DE MEXICO, sous la direction artistique de ma mère, et la présidence de Gaëtan, son époux. J’ai le cœur gros de ne pas être avec la troupe cette année et la gang me manque beaucoup.

Entre les promenades, les 5 à 7 avec Daniel, Martine et Philippe sur Que Syrah, et les bonnes lectures, on s’amuse beaucoup et nous avons devant nous une dizaine de jours pour faire le tour de la région des Eleutheras avant de gagner Freeport qui sera notre point de départ pour la traversée jusqu’à Hampton.

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